
Carnet de course · Dévoluy
Pic de Bure, voie Desmaison
Le 1er août 2026, nous avons gravi le Pilier Sud du Pic de Bure (2709 m) par la voie Desmaison — une ligne ouverte en 1961, restée l’une des grandes courses du Dévoluy. Récit d’une journée exigeante, un peu d’histoire, et de quoi préparer la vôtre.
Le Pic de Bure, sommet du Dévoluy
À 2709 mètres, le Pic de Bure domine le massif du Dévoluy, entre Trièves et Champsaur. Un immense plateau sommital, une face Sud qui se dresse d’un seul jet au-dessus des combes, et, gravée dans une table d’orientation posée au bord du vide, toute la ligne des Écrins à l’horizon. C’est un sommet que l’on voit de loin et que l’on n’oublie pas.
Le Dévoluy a une réputation : celle d’un calcaire qui ne pardonne pas l’approximation. Rocher parfois délicat, itinéraires qui demandent de la lecture, engagement réel. C’est précisément ce qui fait la valeur de ses grandes voies, et de l’alpinisme tel qu’on l’aime.

La voie Desmaison, une ligne d’avance sur son temps
Le Pilier Sud, c’est 600 mètres d’escalade dressés plein ciel. La voie porte le nom de René Desmaison, l’un des grands alpinistes français du XXe siècle, qui l’ouvre en septembre 1961 avec André Bertrand et Yvon Pollet-Villard.
Il faut se replacer dans l’époque pour mesurer l’audace du geste. En 1961, tracer une ligne directe dans une paroi de cette taille, sur un rocher réputé difficile, avec le matériel d’alors : c’était un pari. Les ouvreurs ont lu la paroi là où d’autres n’y voyaient qu’un rempart. Soixante ans plus tard, la voie Desmaison reste une référence : TD+, 6a obligatoire, une ambiance qui ne se relâche jamais. Le topo détaillé de la voie est consultable sur Camptocamp.
- Une escalade variée : dièdres, fissures, traversées exposées, ressauts.
- Un équipement en place partiel : il faut savoir se protéger.
- Le fil du pilier, presque tout le temps, le vide de chaque côté.

Une pensée, aussi, pour notre ami et mentor Georges Payot. À l’époque de l’ouverture, il avait aidé la cordée en portant du matériel au pied de la paroi, mais n’avait pu se joindre à la première : il enseignait alors à l’ENSA. Des années plus tard, en 2009, Georges est revenu gravir la voie avec Riri — il avait plus de 70 ans. Grimper ici, c’est marcher dans ces traces-là.
Notre course, le 1er août 2026
Le Pic de Bure figurait sur ma liste d’objectifs depuis des décennies. Quelques années plus tôt, j’avais dû renoncer : une météo instable m’avait renvoyé dans la vallée. J’attendais l’occasion. Elle est venue d’une visite à Riri, mon ami d’enfance. Avec mes deux fils, nous voilà quatre, en deux cordées : Riri et Nono, Tommy et moi.
L’approche : 6 h, cabane des Avalanches
Départ à 6 h de la cabane des Avalanches, frontale sur la tête. Environ une heure et demie de marche pour rejoindre le pied du pilier, le temps que la face Sud s’embrase des premières lueurs. On attaque à 7 h 30.
Dans le pilier
La paroi est impressionnante : raide, dolomitique. L’équipement en place est partiel, et la lecture de l’itinéraire pas toujours évidente. Mieux vaut un peu d’expérience et une vraie marge technique — ici, les 5c ne se laissent pas avaler. On progresse corde tendue sur les sections faciles, plus attentifs dès que ça se redresse.


Immense respect aux ouvreurs, pour l’engagement et pour la finesse de l’itinéraire. Ici, rien n’est jamais acquis : c’est la montagne qui décide, et c’est bien pour ça qu’on l’aime. Chaque relais gagne un peu plus de ciel.


Le sommet, à 14 h
Sommet à 14 h. L’arrivée est un pur bonheur. Le sommet est plat, presque lunaire, dans une ambiance résolument minérale. En ce 1er août, deux ou trois randonneurs à peine. L’observatoire d’astronomie et ses antennes renforcent l’impression d’avoir posé le pied sur une autre planète — à moins que ce soit nous qui ayons la tête ailleurs, après une si belle journée.



La descente
Retour à la voiture à 16 h par la combe Ratin. Une descente rapide, mais qui demande encore de l’attention avant le relâchement du plateau. Quelle journée.
Le topo en bref
| Sommet | Pic de Bure, 2709 m — Dévoluy (Hautes-Alpes) |
| Voie | Pilier Sud, voie Desmaison |
| Ouverture | Septembre 1961 — R. Desmaison, A. Bertrand, Y. Pollet-Villard |
| Hauteur d’escalade | ~600 m |
| Cotation | TD+, 6a obligatoire (les 5c ne sont pas donnés) |
| Dénivelé de la course | ~1200 m |
| Horaire (notre course) | Cabane des Avalanches 6 h · attaque 7 h 30 · sommet 14 h · voiture 16 h |
| Approche | Depuis la cabane des Avalanches (~1 h 30) |
| Descente | Par la combe Ratin |
| Rocher | Calcaire dolomitique du Dévoluy, exigeant |
| Matériel | Équipement en place partiel : coinceurs et friends nécessaires, corde à double, sangles, casque. Une bonne marge au-dessus du 5c. |
Chez Nuyama, on aborde ce type de course comme toute la haute montagne : avec préparation, marge et respect du terrain. C’est le sens de notre engagement de guides et de nos valeurs. Si l’alpinisme vous attire, parlons de votre projet.
Questions fréquentes
Quelle est la cotation de la voie Desmaison au Pic de Bure ?
La voie Desmaison (Pilier Sud du Pic de Bure) est cotée TD+, avec du 6a obligatoire. Les longueurs en 5c ne sont pas données : mieux vaut une bonne marge technique et de l’expérience en terrain d’aventure.
Combien de temps pour gravir le Pilier Sud du Pic de Bure ?
Comptez environ 6 à 7 heures d’escalade pour les 600 mètres du pilier. Sur notre course, la journée complète a duré de 6 h (départ de la cabane des Avalanches) à 16 h (retour à la voiture).
Comment accède-t-on au pied de la voie ?
L’approche se fait depuis la cabane des Avalanches, en environ 1 h 30 de marche jusqu’au pied du pilier. La descente s’effectue par la combe Ratin.
Qui a ouvert la voie Desmaison ?
Le Pilier Sud a été ouvert en septembre 1961 par René Desmaison, André Bertrand et Yvon Pollet-Villard — une ligne très audacieuse pour l’époque sur le calcaire du Dévoluy.
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