Au sommet du Cho Oyu, 1er octobre 2006, sans oxygène ni sherpa

Cho Oyu · 20 ans

1er octobre 2006 : au sommet du Cho Oyu, sans oxygène ni sherpa

Il y a vingt ans, jour pour jour, nous étions au sommet du Cho Oyu — 8201 m (8188 m selon les mesures récentes), le 6e sommet du monde. Quatre guides et leurs clients, en autonomie totale : sans oxygène de complément, sans sherpa d’altitude. Voici le récit de cette journée. Et, pour commencer, le film de l’expédition.

Le long plateau sommital

Nous sommes le 1er octobre 2006. Je ne me souviens plus de l’heure — mais je me souviens parfaitement de ce long, très long plateau sommital. C’est plat, terriblement plat, et pourtant on est à près de 8200 mètres. Les pas sont lents. L’émotion, elle, est bien présente.

Je suis seul. J’ai croisé mes compagnons qui entamaient déjà la descente. La météo est exceptionnelle — quelle chance : pas de vent, pas froid (pour l’altitude), pas un nuage.

Le long, très long plateau sommital — plat, à près de 8200 m.
Le long, très long plateau sommital — plat, à près de 8200 m.
Les drapeaux de prière du sommet, au-dessus d'une mer de nuages.
Les drapeaux de prière du sommet, au-dessus d’une mer de nuages.

Le sommet — quand on voit l’Everest

Sur le Cho Oyu, on sait qu’on est au sommet lorsqu’on voit l’Everest. C’est dire si le point culminant de cette montagne — pourtant la 6e du monde — n’a rien de spectaculaire. Peu importe : l’émotion est là, entière. Je me sens bien. Ou, en tout cas, j’en ai l’impression.

« Le sommet est atteint quand on voit l'Everest. »
« Le sommet est atteint quand on voit l’Everest. »

Quelques photos. L’altimètre au poignet affiche 8115 mètres — les altimètres mentent un peu, si haut, mais qu’importe. Et déjà, il faut repartir : rattraper mes camarades, gérer les passages techniques de la descente.

L'altimètre, témoin discret du sommet.
L’altimètre, témoin discret du sommet.

L’anecdote — partir au lever du jour

Nous avions décidé de partir au lever du jour, pour avoir moins froid. D’autres expéditions, elles, quittaient le camp 3 à minuit. Difficile de ne pas se lever aussi tôt — de toute façon, on ne dort pas vraiment à ces altitudes. Mais on le savait : si le froid nous saisissait, il faudrait faire demi-tour. Rester sur le plan que nous avions construit, accepté et validé tous ensemble, malgré les doutes. Stratégie payante : la plupart des grimpeurs sans oxygène partis à minuit feront demi-tour avant le sommet, par peur des gelures.

La descente — là où tout se joue

Je retrouve vite Riri, Michel et Éric. La voie de descente est plein ouest, le soleil nous réchauffe… et une fatigue profonde nous envahit. L’envie de dormir. Au relais, le temps de préparer le rappel, l’un de nous s’endort déjà. Tous mes voyants d’alerte s’allument. Ne pas s’endormir. Ne pas se laisser aller — sinon le réveil, une fois le soleil couché, sera terrible. Descendre. Vite, mais prudemment. Ne pas faire de bêtise. Que c’est long.

La descente : c'est là que le vrai danger commence.
La descente : c’est là que le vrai danger commence.

Nous retrouvons le camp d’où nous étions partis tous les quatre, à 7500 mètres. On refait un peu d’eau, on tente de manger, certains s’allongent et dorment un peu. Puis on démonte le camp pour descendre encore, jusqu’au camp 2, à 7000 mètres — dans l’espoir de mieux dormir et d’avoir moins froid. Techniquement facile, mais la fatigue et le relâchement (les grands dangers sont derrière nous) nous ralentissent. Camp 2 : quel bonheur, et quelle fatigue. On monte les tentes, on s’écroule sans même manger. Heureux.

Sans oxygène, sans sherpa

Ce choix — monter en autonomie, sans oxygène de complément ni sherpa d’altitude — n’était pas une posture. C’était une façon de vivre la montagne, exigeante et cohérente, que nous assumions ensemble. C’est aussi ce qui rend ce sommet, et cette descente, aussi précieux dans nos mémoires. Nous y reviendrons dans le deuxième volet de cette série.

L’équipe du Cho Oyu 2006

Les guides : Yann Delevaux, Xavier Carrard, David Ravanel et Richard Perez.

Leurs compagnons de cordée : Éric Angiboust, Michel Baccard, Igor Cosson, Stéphane Bourrel, Alexis et Jean-Guillaume Despatures.

Sept d’entre nous atteindront le sommet ce jour-là. Les autres se sont arrêtés plus bas, au bon moment — une décision de montagnard, jamais un échec. Nous leur rendrons hommage dans le volet « L’équipe ».

Le Cho Oyu en bref

Quelle est l’altitude du Cho Oyu ?

Le Cho Oyu culmine à 8201 m selon la mesure historique (8188 m selon les relevés récents). C’est le 6e sommet le plus haut du monde, à la frontière du Tibet et du Népal.

Que signifie gravir un 8000 « sans oxygène et sans sherpa » ?

Cela veut dire monter sans oxygène de complément et sans l’appui de sherpas d’altitude pour le portage et l’équipement : on porte, on trace et on s’assure soi-même, en totale autonomie. Un engagement nettement plus élevé.

Le Cho Oyu est-il un bon 8000 pour débuter en très haute altitude ?

C’est l’un des 8000 les plus accessibles techniquement, souvent choisi comme premier 8000 — mais l’altitude, le froid et l’engagement restent extrêmes, a fortiori sans oxygène.

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Nuyama

Nuyama est une agence d’aventure en montagne, née à Chamonix en 2019 — mais ses guides se connaissent et grimpent ensemble depuis bien plus longtemps, jusque sur les 8000 de l’Himalaya. On ne consomme pas une destination : on vit une traversée. Découvrez nos courses de haute montagne et qui nous sommes.

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