
Cho Oyu · 20 ans — 2/5
Sans oxygène, sans sherpa : un choix, un engagement
Pourquoi partir sur un 8000 en autonomie, sans oxygène ni sherpa ? Vingt ans après notre Cho Oyu, retour non pas sur la performance, mais sur ce qui comptait vraiment : un choix commun, une façon de vivre la montagne, et une expérience humaine qui nous a marqués à vie.
Pourquoi un tel projet ?
Une envie de goûter à la haute altitude, partagée par quatre copains guides. Une curiosité, une expérience, voulue ensemble, avec une certaine philosophie. On pourrait parler d’un « style » — mais je n’ai jamais aimé classer les ascensions. Nous voulions simplement un sommet sans oxygène, avec nos propres moyens. Voir si c’était possible. Et comment.

Plus qu’une ascension, une expérience de vie
Plus qu’une ascension, je dirais que c’était une expérience de vie — partagée avec des personnes que nous connaissions, et qui ont accepté de la vivre de cette façon. Car ce n’est pas simple de partir sur un 8000 quand ton plus haut sommet est l’Aiguille Verte et que tu as déjà connu un début de MAM (mal aigu des montagnes).
Alors nous avons beaucoup échangé, avant et pendant : guides et amateurs, ensemble. Et nous avons géré les impondérables — ces « imprévus » qui font la montagne — en discutant et en prenant des décisions collectives.

Partager les charges, s’acclimater, avancer ensemble
Partager les charges. S’acclimater. Nous sommes tous différents, et nous avons tous eu nos moments de doute — difficiles à gérer, physiquement comme moralement. Mais la force du groupe a fait qu’on a toujours réussi à aller de l’avant, ensemble.
Chaque étape avait été décidée à l’avance : le trek d’acclimatation, la mise en place des camps, puis l’attente du bon créneau météo. Notre force, c’était notre autonomie, et notre capacité à être réactifs et adaptatifs. Notre faiblesse, c’était que si les conditions devenaient trop extrêmes, nous serions trop « légers ». Nous le savions. Nous l’avions accepté.


Le plus dur ? L’attente
Le plus dur, ce ne sont pas les pentes. C’est l’attente. Ces longues phases où l’on patiente dans les camps, avec toujours l’incertitude, et les doutes relatifs au projet en arrière-pensée. Relire le bulletin météo. Sentir une pression monter sans trop savoir pourquoi, ni comment la gérer. Garder son calme, revenir à nos bases, à nos choix de départ, ne pas s’éparpiller.
Simple ? Non, absolument pas. Nous avons vécu de vraies situations de crise : des rumeurs de montagne devenue trop dangereuse au camp de base, des expéditions décidant d’abandonner… Bref, un condensé de vie. Au final, une expérience humaine d’une richesse folle, et des souvenirs gravés à jamais dans nos mémoires.


Vingt ans plus tard, cette manière de faire — écouter la montagne, décider ensemble, accepter de renoncer — n’a pas pris une ride. C’est même devenue notre façon de guider. Dans le prochain volet, place à celles et ceux qui ont vécu cette aventure : l’équipe.
Cho Oyu, 20 ans — la série
Questions fréquentes
Pourquoi gravir un 8000 sans oxygène est-il plus engagé ?
Sans oxygène de complément, le corps subit pleinement l’altitude : lucidité, chaleur et force diminuent, le froid mord davantage et la moindre lenteur peut devenir dangereuse. Sans sherpa, il faut en plus porter, tracer et s’assurer soi-même. L’autonomie a un prix : une marge d’erreur réduite.
Faut-il beaucoup d’expérience pour un premier 8000 comme le Cho Oyu ?
Une bonne préparation physique, une acclimatation sérieuse et un encadrement solide comptent souvent autant qu’un long CV de sommets. Mais l’altitude reste imprévisible : elle touche chacun différemment, quel que soit le niveau.
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